Pour photographier une aurore boréale, posez l’appareil sur un trépied, passez en mode manuel et en RAW, ouvrez au maximum (f/1.4 à f/2.8), réglez entre 1 600 et 3 200 ISO et déclenchez une pose de 2 à 15 secondes : courte si l’aurore ondule vite, plus longue si elle est faible et lente. La mise au point se fait à la main, sur une étoile brillante. Un smartphone récent en mode nuit, calé sur un support, donne aussi de bons résultats. Le reste tient au ciel : une nuit noire, sans nuages, loin des lumières.
Quels réglages pour photographier les aurores boréales ?
Voici les réglages de départ, à corriger après les premières images selon l’intensité et la vitesse de l’aurore :
| Réglage | Valeur de départ | À ajuster |
|---|---|---|
| Mode | manuel (M), fichiers RAW | rien |
| Focale | la plus courte de l’objectif (grand-angle) | un peu plus serré pour isoler une couronne au zénith |
| Ouverture | la plus grande : f/1.4 à f/2.8 (f/3.5 avec un zoom de kit 18-55) | ne fermez pas au-delà de f/4 |
| ISO | 1 600 à 3 200 | jusqu’à 6 400 sur un capteur récent ; 800 à 1 600 sur un boîtier ancien |
| Temps de pose | 2 à 15 s (8 s pour commencer) | 1 à 4 s si l’aurore danse vite, 10 à 15 s si elle est lente et pâle |
| Balance des blancs | 3 500 à 4 000 K | ajustable ensuite en RAW |
| Mise au point | manuelle, sur une étoile brillante | juste avant la butée de l’infini |
| Stabilisation | désactivée sur trépied | réactivée à main levée |
| Déclenchement | retardateur de 2 s ou télécommande | rafale ou intervallomètre pour un timelapse |
Ouverture, ISO et temps de pose : comment les doser
Les trois réglages se compensent. L’ouverture est le levier le plus précieux : à f/1.8, le capteur reçoit plus de deux fois plus de lumière qu’à f/2.8, ce qui permet de diviser par deux la pose ou l’ISO. Le temps de pose se règle d’après l’aurore elle-même : une aurore calme supporte 10 à 15 secondes, mais une couronne qui ondule devient une bouillie verte au-delà de quelques secondes ; on raccourcit alors à 1 à 4 secondes et on monte l’ISO pour garder les drapés nets. L’ISO vient en dernier : plus il monte, plus l’image est bruitée, mais un fichier un peu bruité se corrige mieux qu’un fichier sous-exposé.
Fiez-vous à l’histogramme plutôt qu’à l’écran, qui paraît toujours trop lumineux dans le noir : la courbe doit se décoller nettement du bord gauche, sans toucher le bord droit sur les zones les plus vives de l’aurore.
Règle des 500 ou règle NPF : le temps de pose maximal
Au-delà d’une certaine durée, la rotation de la Terre fait « filer » les étoiles, qui deviennent de petits traits. Deux règles donnent cette limite. La règle des 500 : divisez 500 par la focale multipliée par le coefficient de recadrage du capteur (1 en plein format, 1,5 ou 1,6 en APS-C). Simple, elle a été pensée pour l’argentique et donne des poses trop longues sur les capteurs actuels très définis.
La règle NPF, plus précise, tient compte de l’ouverture (N), de la taille des pixels (p, en micromètres) et de la focale réelle (f, en millimètres). Sa forme simplifiée : temps de pose maximal = (35 × N + 30 × p) ÷ f. La taille des pixels se calcule en divisant la largeur du capteur en millimètres par le nombre de pixels en largeur, puis en multipliant par 1 000. Les applications de photo de nuit font ce calcul pour vous.
| Boîtier et objectif | Règle des 500 | Règle NPF |
|---|---|---|
| Plein format 24 Mpx (pixels de 6 µm), 14 mm à f/2.8 | 36 s | 20 s |
| Plein format 24 Mpx (6 µm), 20 mm à f/1.8 | 25 s | 12 s |
| Plein format 45 Mpx (4,4 µm), 24 mm à f/1.4 | 21 s | 7,5 s |
| APS-C Canon 24 Mpx (3,7 µm), 18 mm à f/3.5 | 17 s | 13 s |
En pratique, les aurores bougent souvent plus vite que les étoiles : le mouvement de l’aurore impose généralement une pose plus courte que ces limites. La règle NPF sert surtout les nuits d’aurore faible et lente, ou pour les photos de ciel étoilé.
La mise au point à l’infini
L’autofocus ne trouve rien dans le noir : passez l’objectif en mise au point manuelle. Visez l’étoile la plus brillante (ou une lumière très lointaine), grossissez l’image au maximum en visée écran et tournez la bague jusqu’à obtenir le point le plus fin possible. Sur beaucoup d’objectifs, l’infini se trouve juste avant la butée, pas dessus. Faites une photo test, agrandissez-la, puis fixez la bague avec un morceau d’adhésif : un frôlement de gant suffit à la dérégler.
Vous pouvez aussi faire le point de jour, sur un sommet lointain, et marquer la position de la bague. Les étoiles nettes sur toute l’image sont le meilleur contrôle.

Quel matériel pour photographier les aurores ?
- Un appareil avec mode manuel : hybride, reflex ou bridge. Un boîtier d’entrée de gamme comme un Canon EOS 600D suffit ; les capteurs plein format récents gardent simplement une image plus propre à haut ISO.
- Un objectif grand-angle lumineux : idéalement de 14 à 24 mm ouvrant à f/2.8 ou plus (f/1.4 à f/2). Un zoom de kit 18-55 ouvert à f/3.5 fait déjà l’affaire, au prix d’un ISO plus élevé.
- Un trépied stable : indispensable ; même un modèle d’entrée de gamme suffit s’il ne bouge pas au vent. Lestez-le avec votre sac.
- Un déclenchement sans contact : télécommande, application du fabricant, ou simplement le retardateur de 2 secondes.
- Deux batteries de rechange, gardées au chaud contre le corps.
- Une lampe frontale à lumière rouge, qui préserve votre vision de nuit et celle des autres photographes.
- Une chaufferette ou une bande chauffante autour de l’objectif si l’air est humide : elle empêche la buée et le givre sur la lentille.
Photographier les aurores avec un smartphone
Les smartphones récents s’en sortent très bien, à condition d’être immobiles : calez le téléphone sur un mini-trépied, un rocher ou votre sac, coupez le flash et déclenchez avec le retardateur de 3 secondes pour ne pas le faire bouger.
- iPhone : le mode Nuit s’active de lui-même dans l’obscurité et choisit la durée de pose ; touchez son icône pour la modifier, en l’allongeant si l’aurore est lente. Posé sur un trépied, l’iPhone détecte qu’il est stable et propose une pose plus longue. Sur les modèles Pro, le format ProRAW laisse plus de latitude pour la retouche.
- Google Pixel : le mode Vision de nuit passe en astrophotographie quand le téléphone est posé et immobile ; Google indique des poses cumulées jusqu’à 4 minutes, découpées en images de 16 secondes au plus, pour garder les étoiles nettes.
- Autres Android : utilisez le mode Nuit ou, mieux, le mode Pro (ou Expert) : ISO 800 à 3 200, pose de 2 à 10 secondes, mise au point manuelle à l’infini, format RAW si proposé.
- Dans tous les cas : restez sur l’objectif principal (x1), le plus lumineux ; l’ultra grand-angle et le téléobjectif captent moins de lumière.
Si l’aurore est rapide, réduisez la durée du mode Nuit : une pose de 3 secondes donnera des drapés plus nets qu’une pose de 10 secondes.
Composer une belle photo d’aurore
Une aurore seule dans le ciel reste une image plate. Ce qui fait une photo, c’est le premier plan : une montagne, une cabane éclairée, un arbre enneigé, la ligne d’un fjord ou un lac calme qui renvoie le reflet de l’aurore. Repérez ces décors de jour, et vérifiez où se trouve le nord : les aurores apparaissent le plus souvent vers le nord, mais elles traversent tout le ciel lors des nuits actives.
- Placez l’horizon bas pour laisser deux tiers de l’image au ciel ; passez au cadrage vertical quand une colonne d’aurore monte au zénith.
- Pour une silhouette humaine, demandez à la personne de rester immobile pendant toute la pose ; un bref coup de frontale (une seconde) suffit à l’éclairer.
- La lune, quand elle est basse, éclaire joliment les paysages enneigés, mais elle efface les aurores pâles : visez plutôt les nuits proches de la nouvelle lune.
- Écartez les sources de lumière parasites (lampadaires, phares, écrans) et coupez l’écran de votre propre téléphone.
- Quand l’aurore couvre tout le ciel, tentez un panoramique de plusieurs images verticales, ou une couronne prise en visant droit au-dessus de vous.

Retoucher ses photos d’aurores boréales
À l’œil nu, les aurores paraissent souvent plus pâles et moins colorées que sur les photos : le capteur accumule la lumière et voit mieux les couleurs que l’œil la nuit. La retouche ne doit pas forcer ce contraste, mais rendre à l’image ce que vous avez vu. Travaillez sur le fichier RAW, dans Lightroom, Camera Raw, Capture One, darktable (gratuit) ou une application mobile qui lit le RAW :
- 01Balance des blancs : partez de 3 500 à 4 000 K, puis ajustez la teinte pour un vert naturel et un ciel bleu nuit, sans dominante magenta.
- 02Exposition et hautes lumières : éclaircissez si besoin, puis baissez les hautes lumières pour récupérer le cœur de l’aurore, souvent saturé.
- 03Contraste, texture et clarté : un peu de chaque détache les drapés du ciel ; un léger voile de « correction de brume » (dehaze) aide aussi, avec modération.
- 04Bruit : les outils de réduction du bruit par IA, désormais intégrés à Lightroom et à la plupart des logiciels RAW, donnent de très bons résultats ; sinon, réduisez le bruit de luminance sans effacer les étoiles.
- 05Corrections d’objectif : activez le profil de l’objectif pour corriger le vignetage et les aberrations chromatiques, fréquents à pleine ouverture.
- 06Couleurs : dosez la saturation et la vibrance ; un vert fluo trahit la retouche. Les rouges et les violets, en haut des aurores intenses, sont réels : ne les supprimez pas.
- 07Finitions : redressez l’horizon, recadrez, et retouchez localement le premier plan si la pose l’a laissé trop sombre.
Pour les poses multiples d’une même scène, l’empilement de plusieurs images (le « stacking ») réduit encore le bruit, mais il ne fonctionne bien qu’avec des aurores lentes, sans quoi les drapés se dédoublent.
Prévoir une nuit d’aurores : nuages, indice Kp et Ovation
Avant les réglages, il faut une aurore et un ciel dégagé. La saison va de fin août à mi-avril dans le nord de la Norvège et en Islande, quand la nuit redevient noire. Les outils à consulter, dans cet ordre :
- La couverture nuageuse : c’est le facteur décisif. En Norvège, yr.no donne les nuages heure par heure ; en Islande, la carte des nuages du Met Office islandais (vedur.is) prévoit nébulosité et activité aurorale sur six jours.
- L’indice Kp : il mesure l’agitation du champ magnétique terrestre sur une échelle de 0 à 9. Sous l’ovale auroral, dans le nord de la Norvège ou en Islande, un Kp de 2 à 3 suffit souvent par ciel clair ; à partir de 5, on parle de tempête géomagnétique et l’aurore peut descendre bien plus au sud.
- La carte Ovation de la NOAA : l’« Aurora 30 Minute Forecast » montre l’ovale prévu 30 à 90 minutes à l’avance, à partir des mesures du vent solaire ; c’est l’outil du moment, pas celui de la veille.
- Les prévisions à plusieurs jours : Space Weather Live les réunit en français ; elles restent indicatives au-delà de 24 heures.
- La lune et l’heure : visez les nuits proches de la nouvelle lune, et guettez surtout le ciel en fin de soirée et autour de minuit (entre 21 h et 2 h environ), sans exclure le début et la fin de nuit.
Où aller et quand partir : voyez nos guides des aurores boréales en Norvège, des aurores boréales à Tromsø et des aurores boréales en Islande. Une voiture permet de rouler vers les trouées de ciel clair : voyez nos conseils pour louer et conduire en Norvège ; sans voiture, les excursions aurores à Tromsø font ce travail pour vous.
Au froid : batteries, buée et sécurité
- Gardez les batteries de rechange dans une poche intérieure : le froid les vide vite, et elles retrouvent une partie de leur charge en se réchauffant.
- En rentrant au chaud, laissez l’appareil une heure dans son sac fermé, pour que la condensation se forme sur le sac et non dans l’objectif.
- Habillez-vous comme pour rester immobile des heures : notre guide comment s’habiller à Tromsø détaille le système des trois couches.
- Garez-vous hors de la chaussée, phares éteints, et ne vous installez jamais sur une route pour cadrer.
Questions fréquentes
En mode manuel et en RAW, sur trépied : ouverture maximale (f/1.4 à f/2.8), 1 600 à 3 200 ISO, pose de 2 à 15 secondes selon la vitesse de l’aurore, balance des blancs vers 3 500 à 4 000 K, stabilisation coupée et mise au point manuelle sur une étoile brillante. Un bon point de départ : f/2.8, ISO 3 200, 8 secondes, puis ajustez d’après l’histogramme.
Passez l’objectif en mise au point manuelle, visez une étoile brillante ou une lumière lointaine, grossissez l’image au maximum en visée écran et tournez la bague jusqu’à obtenir un point le plus fin possible. L’infini se trouve souvent juste avant la butée, rarement dessus. Fixez ensuite la bague avec un morceau d’adhésif.
La règle des 500 (500 divisé par la focale multipliée par le coefficient du capteur) donne une pose maximale vite calculée mais trop longue pour les capteurs modernes très définis. La règle NPF tient compte de l’ouverture et de la taille des pixels : elle donne une pose plus courte, sans filé d’étoiles visible. Avec les aurores, c’est de toute façon souvent leur mouvement qui impose une pose plus courte.
Oui. Le mode Nuit de l’iPhone se déclenche seul dans l’obscurité et permet de choisir la durée de pose ; posé sur un trépied, le téléphone allonge cette durée. Les Google Pixel ont un mode Vision de nuit avec astrophotographie sur trépied. Coupez le flash, utilisez l’objectif principal (x1) et le retardateur.
Partez du fichier RAW : corrigez la balance des blancs (3 500 à 4 000 K), l’exposition et les hautes lumières, ajoutez un peu de contraste et de texture, réduisez le bruit de luminance sans effacer les étoiles, appliquez les corrections d’objectif, puis dosez la saturation pour éviter un vert fluo.
Regardez d’abord la couverture nuageuse prévue (yr.no en Norvège, vedur.is en Islande), puis l’activité aurorale : l’indice Kp, sur une échelle de 0 à 9, et la carte Ovation de la NOAA, qui prévoit l’ovale auroral 30 à 90 minutes à l’avance. Sous l’ovale, dans le nord de la Norvège ou en Islande, un Kp de 2 à 3 suffit souvent par ciel dégagé.
Derniers conseils
Une aurore peut durer deux minutes ou deux heures. Préparez vos réglages avant qu’elle n’arrive, faites quelques images, puis levez les yeux : le spectacle vaut d’être vu autrement qu’à travers un écran. Pour aller plus loin, lisez notre carnet d’une semaine à Tromsø en février, nos conseils de photographie de voyage en solo et notre comparatif des croisières aux aurores boréales.
Sources et vérificationInformations vérifiées le 17 octobre 2026 · 8 sources consultées
- Âme Bohème
- NOAA SWPC : Aurora 30 Minute Forecast (modèle OVATION Prime)
- NOAA SWPC : indice Kp planétaire
- Met Office islandais : prévision des aurores et des nuages
- Apple : prendre des photos en mode Nuit avec l’iPhone
- Google Research : Astrophotography with Night Sight on Pixel Phones
- Space Weather Live : prévisions aurorales
- Wikipédia : Aurore polaire (couleurs et altitudes)
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